Regards croisés sur le Ramadan et le Carême : Une quête commune d’humanité et de paix
L’Institut Al Mowafaqa, fruit d’une collaboration entre les Églises catholique et évangélique au Maroc, a accueilli une conférence marquante dédiée aux dimensions spirituelles du ramadan et du Carême. Dans le cadre du cycle « Regard croisés Islamo-Chrétien », cette rencontre a permis de dresser des ponts entre les traditions chrétienne et musulmane, explorant comment ces pratiques millénaires peuvent favoriser un « vivre-ensemble » harmonieux.
Une théologie de la rencontre
Jean-Patrick Nkolo Fanga, directeur de l’institut, a introduit la séance en soulignant l’importance de construire des « tiers-espaces » où la différence religieuse n’est plus vécue comme un antagonisme, mais comme une richesse. S’appuyant sur des concepts tels que la convivialité interreligieuse et la philosophie africaine de l’Ubuntu (« je suis parce que nous sommes »), il a rappelé que le dialogue est une nécessité pour la cohésion sociale.
Le Carême : 40 jours pour retrouver l’essentiel
Le père Christophe Roucou, prêtre catholique, islamologue, responsable du service diocésain des relations œcuméniques et interreligieuses et directeur des études à l’Institut Al Mowafaqa a présenté le Carême comme un temps de conversion et de dépouillement.
- Symbolique du désert : Les 40 jours font écho aux 40 années d’errance du peuple hébreu et aux 40 jours de tentation de Jésus dans le désert, symbolisant un combat spirituel et une épreuve de foi.
- Les trois piliers : La pratique repose sur la prière vécue dans le secret, le jeûne qui libère des addictions, et le partage (l’aumône) considéré comme un acte de justice envers les plus démunis.
- L’humilité : Le Carême invite à reconnaître sa fragilité humaine pour laisser place à la grâce de Dieu, notamment à travers le silence, défini comme une « voix de fin silence ».
Le jeûne en Islam : Un bouclier et une école du cœur
La Docteur Dina Kadiri, docteur en droit public, éditrice, présentatrice sur assadissa et directrice du centre Ajial de la rabitta Mohamadia des oulémas, a apporté une perspective musulmane centrée sur la dignité humaine et la discipline intérieure.
- Un héritage de protection : Elle a rappelé le Pacte de Najran, par lequel le Prophète Mohammed garantissait la protection des chrétiens et de leurs lieux de culte, soulignant que le jeûne doit s’accompagner d’un respect absolu de l’autre.
- Au-delà de la privation : Le jeûne est décrit comme un « bouclier » contre les excès et la colère. Citant Al-Ghazali, elle a expliqué que le « vrai jeûne » n’est pas seulement physique, mais qu’il engage le regard, la parole et le cœur pour se libérer des distractions.
- Humanisation : Pour la docteur Dina Kadiri , « humanisez-vous par le jeûne » est un appel à la solidarité envers ceux qui ont faim, transformant cette pratique en un langage universel de paix.
- L’importance du sourire : Elle a rappelé l’importance que le sourire et la joie avait dans la vie du Prophète Mohammed (saw) et a d’ailleurs terminé son intervention en diffusant la joie par un poème (voir ci-dessous).
Un engagement commun pour la paix
La rencontre s’est conclue par un message fort de Monseigneur Cristobal, archevêque de Rabat et Coprésident de lInstitut. Il a fermement condamné l’instrumentalisation de la religion pour justifier la guerre, la qualifiant d’utilisation « sacrilège et blasphématoire du nom de Dieu ».
Que ce soit par le Carême ou le Ramadan, les croyants sont appelés à devenir des artisans de Paix. Comme l’a souligné un intervenant, il est crucial de ne jamais « jeûner de joie et de sourire » , car ces valeurs communes sont le ciment de notre humanité partagée.
Découvrez l’intégralité de ces échanges riches en émotion, en poésie et en profondeur spirituelle dans la vidéo ci-dessous.
Poème pour Vous &Nous
(Par Dina Kadiri)
Quarante ou trente jours ce n’est jamais court
Ce n’est jamais long
C’est sens, c’est profond
Quand nos chemins de jeune sans clôtures
Couvrent nos fêlures
Nous les savons soins Nous les sentons bien
Pour nos cœurs pour nos frères pour nos sœurs
Nous faisons arrêt sincère et clair
Nous nous réinventons, se réinventer est nécessaire
Face au temps qui se resserre
Oui. La recommandation est fait
Et notre foi est clé
Des instants de paix, de sens
Nous permettent de récupérer nos vies nos absences
Quand le trop plein de sons nous absorbe et promet de panser l’opprobe
Et nos cœurs en transe dansent sous le flow des progrès
Il est temps de ne pas laisser place au regret
De convoquer la foi
Qui habite nos moi
Avec recul et courage au gré de nos messages
De respect
Qui honorent tous les versets
Se prosterner
Servir pour savoir vivre et savoir partir
On jeune dans l’âme et ce soir je clame
Tous nos sourires fraternels rappellent l’éternel
Notre humanité ne nous est pas acquise
Et notre foi ne nous est pas conquise
Nous sommes là pour partager la bienveillance la bonté la clémence
La connaissance
Les attributs de Dieu UN
Et 1001 chemins
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