Message de Monsieur Ahmed Toufiq, Ministre des Habous et des Affaires Islamiques
Inauguration de l’Institut œcuménique de théologie Al Mowafaqa, 20 septembre 2014 à Rabat
Au Nom de Dieu, Le Clément, Le Miséricordieux.
Mesdames, Messieurs, organisateurs et invités de ce grand événement intellectuel et Spirituel, événement initié par al-Muafaqa.
Assalamu ‘alaukum warahmatu Allah wa barakatuh.
Permettez-moi de Vous exprimer ma haute appréciation et ma profonde considération pour les signes de bonnes intentions et pour l’investissement de générosité que vous versez dans ce projet des Muafaqa.
J’aime ce mot mystique, al-muafaqa, un mot qui peut traduire l’harmonie ou la concordance qui existait au commencement, entre le tracé de Dieu et l’action de Ses créatures avant l’Histoire. Dieu était tout Connaissant de l’usage qu’on allait faire de la liberté dont Il a gratifié l’homme. «Le Seigneur dit aux anges : « je vais installer un lieutenant sur la terre. » et les anges de répartir : « Vas-Tu en désigner un qui y mettra le désordre et y répandra le sang ? » Le Seigneur leur répondit : « en vérité, je sais ce que ne savez pas. » Messieurs, Mesdames des «muafaqa»! De toute évidence, vous inscrivez votre projet dans la tablette de votre espérance, aussi bien à travers la grâce qu’à travers le labeur qui vous est demandé. Puisse Dieu vous récompenser.
J’ai aimé aussi le sous-titre de votre colloque: « les conflictualités créatives. » Cette formule nous renvoie au verset coranique où il est dit : « Si Dieu ne repoussait pas les gens, les uns par les autres, certes la terre serait corrompue. » On peut traduire aussi : « le chaos régnerait dans toute la terre. » Dans ce verset se trouve, peut-être, la dynamique ou la dialectique de l’histoire qui oblige chacun de nous à participer à ce conflit correcteur ou réparateur et à se ranger, par conséquent, du côté de ceux qui repoussent les gens du Mal. Mais avant d’agir ou de prendre position envers l’autre, il faut d’abord essayer de voir dans l’obscurité, discerner les positions et déjouer les ruses des agents négatifs qui guettent les naïfs parmi les gens du Bien. Cependant, les conflictualités ne sont pas que créatrices, car c’est un autre signe de Dieu d’écorcher le jour de la nuit, et voilà les hommes qui s’enténèbrent. Le discours sur ‘moi’, en rapport à l’Autre, suppose qu’on soit complètement averti des jeux et des ruses. Le bon sens et les acquis de la connaissance disposent l’homme à ne pas trop se tromper sur le Bien et le Mal. Au-delà des supposés philosophiques du problème de «l’autre », c’est surtout la dimension historique de ce problème qui prévaut aujourd’hui, mais, à ce propos, il ne serait pas demandé aux théologiens, et surtout aux hommes de Dieu parmi eux, de paraître comme des acolytes des faiseurs de guerre. Il leur est demandé surtout de ne pas se livrer de guerre entre eux, quelles que soient leurs différences de confessions, de ne pas aider, d’une manière ou d’une autre, ceux qui font la guerre, quelles que soient leurs raisons d’agir, annoncées ou dissimulées. Il leur est encore demandé d’aider les gens à voir clair dans ce qui se passe à un moment donné. Dissiper les confusions dispose les fidèles à s’aligner derrière vous contre toute sorte de terreur, d’extrémisme, de supercherie et de manipulation. Les autres objets de discours risquent de ne pas apporter de changement, même avec l’exubérance éclatante et la vitesse éclair de la communication.
Comment peut-on combiner le devoir de participer au combat pour éviter le chaos et de réaliser le renoncement nécessaire pour voir juste ? Chez qui, hormis vous, devrions-nous chercher cette rectitude édifiante ? Dans chacun de nous, vous le savez bien, il y a le « moi », l’« autre » et encore plusieurs autres. Pourquoi vouloir toujours externaliser le conflit ? Les gens unifiés n’ont pas à souffrir de l’autre, ni à le faire souffrir. Par contre, les « éclatés » sont comme des esclaves que se disputent plusieurs acheteurs. Il semble qu’on est tous sur le marché. Faute de renoncement dans l’analyse des affaires du monde, des milliers de discours quotidiens sur la vérité politique ne nous rassurent guère. Il faut juste rechercher les voies du renoncement dans le combat. Il est vrai que dans certaines instances sophistiquées, ce genre de paroles serait taxé de simpliste. Mais j’ai cru qu’on peut se le permettre dans les temples. Un dire de la Tradition musulmane insinue que la majorité des résidents du Paradis seraient des naïfs, c’est-à-dire des vigilants qui n’ont pas vécu dans la malice. Pourquoi, donc, ne pas compter sur votre indulgence sans abuser de votre temps !
Mesdames, Messieurs, Que Dieu nous guide et nous assiste!