Retour sur la Conférence inaugurale de l’année académique 2025-2026
Croyants en dialogue face aux crises du monde
Fidèle à sa vocation de lieu de rencontre et de réflexion, l’Institut Œcuménique de Théologie Al Mowafaqa a ouvert son année académique 2025-2026 par une conférence inaugurale.
Cette rencontre s’inscrivait dans la célébration du 60ᵉ anniversaire de la déclaration conciliaire Nostra Aetate, texte fondateur du dialogue interreligieux publié par l’Eglise Catholique en 1965 à l’issue du Concile Vatican II. Modérée par le père Christophe Roucou, directeur des études de l’Institut et spécialiste du dialogue interreligieux, la conférence a réuni un public nombreux, de confessions et d’origines différentes, parmi lesquels le professeur Ahmed Senouni, directeur adjoint de Dar El Hadith El Hassania, institution islamique académique de renom. Nous avons également pu compter sur une forte participation en ligne venant d’Afrique, d’Europe et des Amériques.
Un mot d’accueil sur l’Institut Al Mowafaqa
Le pasteur Jean Patrick Nkolo Fanga, directeur de l’Institut, a ouvert la séance par un mot d’accueil rappelant la mission d’Al Mowafaqa : « former des acteurs ecclésiaux tout en promouvant le dialogue dans ses dimensions interculturelles et interreligieuses ».Il a évoqué les nouveaux défis de cette année académique – ouverture d’un master en sciences religieuses et dialogue théologique, lancement d’une formation à distance sur la musique liturgique, et création d’un cycle de conférences à deux voix chrétiennes et musulmanes. Il rappelle que, « le dialogue est au cœur d’Al Mowafaqa. Il ne s’agit pas de gommer les différences, mais d’en faire une source d’enrichissement mutuel, à l’image du concept africain d’Ubuntu : “Je suis parce que nous sommes.” »
Dans une présentation magistrale, le père Christophe Roucou a replacé Nostra Aetate dans son contexte historique : un texte promulgué, le 28 octobre 1965, à une époque de tensions religieuses et politiques, et qui marqua une rupture radicale dans la manière dont l’Église catholique considère les autres religions. Il en a rappelé les cinq paragraphes essentiels, notamment celui consacré à l’islam, où l’Église « regarde avec estime les musulmans qui adorent le Dieu un, vivant et subsistant, miséricordieux ». Pour le père Roucou, « il y a un avant et un après Nostra Aetate. Ce document a ouvert un chemin durable de fraternité et de collaboration au service de l’humanité. »
Le cardinal Cristóbal López Romero a poursuivi cette réflexion en insistant sur les responsabilités spirituelles des croyants dans un monde fragmenté :
« Réviser notre image de Dieu, reconnaître qu’il est le Dieu de tous, voilà la première responsabilité. Dieu ne peut être la possession exclusive d’aucun peuple ni d’aucune religion. »
Le professeur Rachid Saadi a proposé une lecture musulmane de Nostra Aetate, soulignant à quel point ce texte a inspiré, quatre décennies plus tard, la déclaration islamique Kalimat Sawa (Une parole commune entre vous et nous), signée par 138 théologiens et experts musulmans du monde entier, le 11 octobre 2007. Pour lui, cette dynamique marque « un passage de la tolérance à la reconnaissance ». Il a salué Nostra Aetate comme « un cheminement courageux vers la fraternité universelle », tout en appelant à aller plus loin : « La foi ne doit pas être un système de certitudes, mais un devenir ouvert sur la miséricorde et la rencontre. »
En conclusion, le père Roucou a souligné que « la vocation d’Al Mowafaqa est d’être un espace où la théologie rencontre la culture et où la foi se fait service. » La conférence s’est achevée sur un temps d’échange nourri et fraternel, avant l’annonce des prochaines rencontres du pôle culturel, notamment la journée d’étude sur les migrations et la foi le 4 novembre, et la conférence sur la pluralité religieuse au Maroc le 9 décembre.
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