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Le Temps de la Création : Entre rigueur intellectuelle, veille spirituelle et responsabilité commune – Une méditation théologique pour accompagner l’entrée dans l’année universitaire

Temps de la création 2026

Chaque année, du 1er septembre (Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la Création) au 4 octobre (fête de saint François d’Assise), les chrétiens du monde entier s’unissent pour célébrer le « Temps de la Création ». En cette période où coïncident la transition saisonnière vers l’automne et l’effervescence de la rentrée académique, cette démarche prend une résonance toute particulière au sein de notre communauté universitaire.

Loin d’un rituel passager, ce temps liturgique et œcuménique vient poser une question fondamentale à notre travail intellectuel : quel sens donner à l’étude, à la théologie et au dialogue face au cri de la terre et à la précarité du monde ?

Penser la Création comme relation, alliance et don

Loin d’être un décor inerte mis à la disposition des activités humaines ou un réservoir de ressources à exploiter, la Création est bibliquement révélée comme une alliance première, un don confié à notre sollicitude. La Genèse assigne à l’humain la charge de « cultiver et garder » le jardin (Gn 2, 15), deux verbes qui récusent toute dérive prédatrice ou dominatrice. Face aux dérèglements climatiques, à l’érosion de la biodiversité et aux fractures sociales qui en découlent, la théologie ne peut se réfugier dans l’abstraction. Elle est appelée à formaliser l’interdépendance profonde entre justice sociale, respect des équilibres vivants et fidélité au Créateur.

Cette compréhension renouvelée exige une conversion du regard : le cosmos n’est pas un ensemble d’objets fragmentés, mais une trame de relations. Rompre l’équilibre de la Création revient à altérer le lien à Dieu, aux autres créatures et aux générations futures.

Une convergence islamo-chrétienne : les fondements théologiques du soin de la terre

Pour un lieu académique voué à la recherche et au dialogue interreligieux, la question écologique constitue un terrain de rencontre fécond et urgent. Comme l’a souligné le frère Emmanuel Pisani lors de son intervention à l’Institut, l’urgence écologique invite chrétiens et musulmans non pas à un compromis de façade, mais à puiser au plus profond de leurs corpus scripturaires respectifs pour redécouvrir une éthique partagée de la Création.

Dans la tradition musulmane, la nature est saturée de signes (āyāt) qui renvoient à la transcendance et à la miséricorde divines ; le monde entier y est conçu comme un sanctuaire de louange. L’être humain y reçoit la fonction exigeante de khalīfa (intendant, vicaire ou gérant sur terre), dépositaire d’un mandat de confiance (amāna) qu’il ne peut usurper sans rompre la balance universelle (mīzān).

Cette approche résonne directement avec la vision chrétienne de l’intendance responsable et la notion d’écologie intégrale développée par le pape François, où « tout est lié ». Lorsque chrétiens et musulmans confrontent leurs théologies de la nature, ils dépassent le simple constat technique pour énoncer un refus commun de l’hubris contemporaine : le culte du profit illimité et la chosification du vivant constituent, au regard des deux fois, une forme moderne d’idolâtrie.

Une exigence au cœur de la vie académique

À l’Institut, étudier la théologie, dialoguer entre traditions et scruter les textes fondamentaux implique nécessairement d’interroger nos modes de pensée et d’habitation du monde. La rigueur académique ne vise pas seulement l’accumulation stérile de notions ; elle forme le jugement critique, purifie l’éthique et impose une ascèse de l’écoute.

Penser la Création dans un cadre universitaire, c’est désapprendre les logiques de déracinement et de prédation intellectuelle. Les sciences des religions, l’herméneutique des textes sacrés et les sciences humaines et sociales doivent s’allier pour démasquer les modèles culturels et économiques destructeurs. La quête de vérité perd de sa substance si elle demeure insensible aux souffrances des populations les plus vulnérables, premières victimes des désordres environnementaux.

De la lucidité intellectuelle à la conversion des pratiques

Alors que ce mois consacré à la Création laisse place au plein déploiement du trimestre universitaire, cette mémoire doit irriguer nos actes. L’éthique théologique n’a de portée que si elle s’incarne dans des choix précis au sein même de notre quotidien institutionnel et personnel.

Entrer dans cette nouvelle année universitaire, c’est refuser de dissocier la droiture du savoir et l’exigence de la justice. En unissant la rigueur de l’intelligence, la prière attentive et la responsabilité fraternelle, notre communauté académique témoigne que le soin apporté à la « maison commune » est indissociable de la recherche de Dieu.

Ben-Zevy Moussoukoula